samedi 13 décembre 2014

Les Couleurs

Comme je suis en pleine colorisation du Tome 1 Cycle 3 de la Complainte des Landes Perdues, voici un petit rappel de ma méthode de travail sur la série précédente :




 La Conception :
     Contrairement à mes planches où je passe par plusieurs pré-roughs, roughs et mises en places crayonnées avant de cleaner un dessin définitif prêt à être encré, pour la couleur, je me lance dans le vide.     Je ne fais jamais de recherches préparatoires, ni d’essais sur des photocopies. (mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas le trac au moment de commencer : si, souvent, je sais ce que je veux rendre, parfois, c’est l’inconnu !!)     Le choix des couleurs est le fruit d’une longue maturation intérieure. Il est également dicté par une sorte de charte que je me fixe à chaque nouvel album :     -pour « Fée et tendres Automates », je partais du principe que les humains, violents, bouillonnants, seraient colorés uniquement avec des couleurs chaudes (des rouges, oranges, jaunes, violets). Les automates, êtres inanimés, froids puisque mécaniques, seraient habillés de tons froids (des bleus, des verts). Je n’avais plus qu’à me laisser guider.     -Pour « Mon Voisin, le Père Noël », ce fut un autre parti-pris. Je n’ai utilisé que deux couleurs (un bleu un peu turquoise et un jaune ocre) pour tout réaliser. Les flash-back sont issus de ce mélange en différentes proportions selon que je voulais obtenir des ambiances kaki pour les Nazis ou bleutées pour les rêves. Puis un élément perturbateur venait casser l’ensemble : le rouge (pour le sang, le père Noël, les drapeaux...) Mélangé au bleu, il donnait les cauchemars violets de Georges. Seules les scènes oniriques avaient  droit à toutes les couleurs.     -Pour « Le Bois des Vierges », je suis revenue à mon postulat de départ : les couleurs chaudes pour les bêtes et les couleurs froides pour les hommes sauf exceptions demandées par le scénariste ou quand l’histoire l’exigeait : Salviat était en rouge, car il a été le déclencheur de la guerre. Hache-Pierre porte également du pourpre car sa part de bestialité est très forte. Aube est parée de couleurs froides car son tempérament l’est aussi. Cela représente aussi sa virginité. C’est un personnage amené à évoluer. Nous verrons de quelles couleurs elle se revêt au fil des albums... Loup-gris est en...gris !! il représente la neutralité, il ne veut pas prendre part à la guerre, ne pas choisir de camp. Clam est en noir, c’est un homme de la nuit, on ne sait pas s’il est du coté des hommes ou des bêtes ( une autre forme de neutralité ). La décision du choix d’une couleur n’est donc pas anodine !! c’est un vecteur d’ambiance (qui permet de faire passer des sensations de malaise ou de bien-être) et un précieux indicateur de tempérament. 

 La Réalisation :

    De part mon implication tardive dans la couleur au cours de mon apprentissage, ma méthode (si on peut parler de méthode) est un peu fastidieuse. En effet, même si je réfléchis à mes ambiances colorées pendant toutes les étapes du dessin et de l’encrage (ce qui me permet de placer plus au moins de masses noires ou de laisser des arrières plans au crayon en fonction de ce que j’ai l’intention de faire à la peinture), je n’arrive pas à choisir et à poser une couleur directement sur la surface en me disant que c’est la définitive. Je dois passer par des « couches » successives pour arriver à cette fameuse couleur définitive. C’est pour cela que j’ai choisi d’utiliser des encres acryliques transparentes ou de l’aquarelle : partir de la lumière pour arriver à l’ombre (en peinture, c’est l’inverse).     Après avoir tendu ma page encrée sur une planche  de bois (scotché plutôt avec du scotch crêpe, j’ai abandonné depuis longtemps le kraft à la colle de poisson), je masque les zones qui doivent rester propres (tours de cases, bulles, lumières) avec de la gomme liquide.     Une fois sèche, je commence par les ambiances. J’entends par ambiance, une couleur dominante de fond qui va permettre à toutes les couleurs suivantes de se marier à coup sûr et d’avoir des interactions entre elles. (par exemple un fond bleu va donner  une impression de nuit). Cette couleur est appliqué à l’ensemble de la page ou des cases, plus ou moins dégradée selon la direction de la lumière et de son intensité. Ce peut être une couleur unie ou bien deux couleurs différentes.     Viennent ensuite les ombres. Avec une couleur proche de l’ambiance (si c’est en plein jour) ou avec un bleu cobalt clair, je met en place toutes les ombres propres et portées, renforçant ainsi la source lumineuse de l’image. Cela agit également comme un pense-bête pour ne pas placer les couleurs suivantes au mauvais endroits !!     Puis, les choses sérieuses commencent ! Souvent, j’attaque par les décors pour finir par les personnages. Cela permet de monter progressivement l’intensité de la couleur. Les décors sont généralement plus fades et les personnages saturés pour se détacher du fond. J’applique une couleur de base, de manière lisse ou plus picturale selon la matière à rendre. Pour une surface très éclairée, ce fond sera presque inexistant. En ajoutant un peu de sa complémentaire à cette couleur, je repasse sur les zones qui ont été ombrées au préalable en laissant une zone plus claire (donc plus bleue) à l’extrémité de l’objet, qui qui fait apparaître un contre-reflet permettant de détacher l’objet du fond ou un détail interne d’un autre. En dernier, les retouches ou les effets spéciaux (lumières, feux, brillances, fumées, brouillards...).     Les planches sont travaillées en vis à vis, comme elles le seront dans l’album, pour s’accorder parfaitement. Je considère malgré tout être en perpétuel apprentissage en matière de mise en couleur. Même si j’applique cette « méthode » ci-dessus pour réaliser mes pages, les petits accidents, le travail des autres, la mise en couleur sur le travail des autres, les coups de foudres colorés (tableaux, photos...) viennent bousculer tout cela et faire évoluer ma vision des choses, la manière de m’y prendre...



 La Couleur
     La couleur est la dernière étape dans la réalisation d’une image. Pourtant c’est elle que l’on remarque en premier et qui va accrocher le regard. Autant dire que c’est primordial pour se démarquer !     Je ne me suis longtemps intéressée qu’au dessin, considérant la couleur comme une information supplémentaire, un remplissage fastidieux. Puis en grandissant, je me suis rendue compte qu’elle pouvait permettre d’aller plus loin, notamment dans le rendu des volumes, des perspectives, des ambiances...     À présent, la couleur fait partie intégrante de mon travail, comme une signature colorée. C’est plus qu’une étape, c’est un élément de l’histoire au même titre qu’un personnage ou un décors.



 Le Matériel :
 -une lampe basse consommation spéciale lumière du jour (nature et découverte) pour éviter des surprises si une illustration commencée le jour doit être terminée la nuit.
-Du papier aquarelle Canson Fontenay
-Des pinceaux Raphaël 8404 n°4 et 3  
-de larges brosses (50) en soie synthétique pour les fonds et dégradés
-une planche en bois et du scotch à peinture (pour tendre les feuilles)
-une assiette à escargot en porcelaine en guise de palette
-des pots à confiture de grand-mère pour l'eau (parce très stables)
-un sèche-cheveux
-du drawing gum blanc Winsor et Newton
-des encres magic color
-De l'encre de chine Lefranc & Bourgeois