mercredi 3 décembre 2014

Brabant Strip Magazine n° 182, traduction : Tom Vermeeren

« Philippe Delaby ne peut jamais être oublié »


Hommage Delaby-Tillier-SebGérard
Béatrice TILLIER entrait par les grandes portes dans le monde de la BD avec le triptyque Le Bois des Vierges au scénario de Jean Dufaux. Et maintenant elle travaille à son interprétation de La Complainte des Landes Perdues aussi sur un scénario de Dufaux. Avec cette série elle succède à Rosinski et Delaby qui ont mis en scène les deux premiers cycles de La Complainte. C’était le but de sortir le dernier album de Delaby et le premier de Tillier environ au même moment mais la mort tout à fait inattendue de Delaby a changé tout.


Lors de notre première rencontre, vous nous avez raconté que vous vous êtes basé sur l’actrice Cécile de France pour créer Aube dans Le bois des Vierges. Vous avez aussi utilisé des personnages connus ou des proches pour La Complainte ? 
J’aime partir de personnes existantes pour créer mes personnages afin de leur donner une âme, un caractère. Parfois j’en mélange plusieurs, toujours dans un soucis de ne pas stéréotyper mes personnages, car il est important de les identifier très vite, quel que soit leur taille dans la case. Après, je les modifie, me les approprie pour m’éloigner un peu du modèle. Dans La Complainte, comme tout se passe en Irlande, j’ai fait un «casting» exclusivement irlandais sauf pour le personnage d’Oriane qui est une amie de ma nièce et Brenia qui est ma propre grand-mère.

Pourriez-vous décrire comme vous procédez en créant une planche pour La Complainte ?
C’est le même processus que pour Le Bois des Vierges : je m’imprègne d’abord du scénario afin de laisser venir à moi le flot d’images lors de la lecture. Je laisse un peu murir dans mon esprit le «film» que cela donnerait, pendant que je fais mon «casting» d’acteurs et mes recherches de documentation. Puis, je commence le découpage, 2 pages par 2 pages (quand elles sont en vis à vis) et je dessine un premier jet de ce qui me vient immédiatement à l’esprit cases par case. Je reprends la page dans son ensemble, afin de lui donner une cohérence, une direction de lecture, trouver des compositions et des transitions qui vont servir l’histoire. Ensuite, je me met dans la peau des personnages afin d’étudier leurs réactions, les émotions justes. J’ajoute parfois des petites notes personnelles dans la mise en scène tout en respectant l’intention de l’histoire bien évidemment. L’important étant de trouver du plaisir à dessiner toutes les scènes, de s’amuser avec les images pour que le lecteur lui aussi ne s’ennuie jamais. Quand le rough est prêt, vient le temps de la réalisation, le crayonné, l’encrage et enfin la mise en couleur. Pour La Complainte, je suis passée à l’aquarelle pour pouvoir retranscrire les ambiances humides, le brouillard des paysages irlandais. J’ai allégé mon encrage afin de laisser la part belle à la couleur et parce que j’ai été déçue de l’empatement causé par la reproduction du dernier tome du Bois des vierges.

Quelle était votre inspiration pour La Complainte ?
J’ai toujours écouté des musiques de films, puis aussi des artistes irlandais indépendants découverts sur les réseaux sociaux, ce qui me permet de rester dans le ton en créant mes planches. Aussi l’atmosphère des films comme Centurion, Valhalla Rising et la série Vikings m’ont inspiré.

Vous préférez dessiner quelles scènes ? 
Celles où le héros apparait bien sûr !! Mais mon travail consiste justement à rendre toutes les scènes agréables à dessiner en choisissant les décors, la composition et la mise en scène.

La collaboration entre vous et Jean Dufaux a beaucoup changé en comparaison avec votre autre projet Le bois des Vierges ?
Oui, à présent, il y a une confiance totale de Jean envers mon interprétation du scénario, à tel point que je n’ai parfois que quelques bribes d’explications, car il sait que je vais trouver le ton juste pour mettre en scène une action. C’est gratifiant mais parfois un peu angoissant de se retrouver seule face à un dilemme. Je suis un peu exclusive et j’aimerais de temps en temps avoir mon scénariste «pour moi toute seule», mais je dois le partager avec mes camarades !

Musée©JMMinguez
En 2011, vous nous avez déjà raconté que vous étiez partie en Angleterre pour prendre des photos. Vous y êtes déjà retournée entretemps pour vous documenter ?
Pas directement pour faire des repérages hélas, mais heureusement, j’ai des amis qui ont fait le voyage à ma place et m’ont ramené pleins de photos. Par contre, je retourne au British Muséum voir l’expo temporaire sur les vikings. L’appareil photo et le carnet de croquis vont chauffer.
Ecosse©ThomasMosdi

Avez-vous eu contact avec Rosinski pour lui montrer vos planches ?
Oui, nous avons eu l’occasion de nous croiser à plusieurs reprises, et plus récemment, j’ai pu lui montrer mes planches. J’ai eu droit au passage en revue et aux conseils du «maître». Mais il était content, tout comme l’était aussi Philippe Delaby, que ce travail me fut confié.

Philippe Delaby adorait inventer des uniformes, c’est aussi ça que vous aimez dessiner ?
L’uniforme a un côté «militaire», je préfère les «costumes». Je pars de vrais costumes d’époques, je fais des mélanges et je compose le costume final et sa couleur en fonction du caractère du personnage qui va le porter, de la fréquence à laquelle on le voit (si le personnage est présent à chaque page, je vais choisir un costume simple, avec peu de couleurs - au contraire, s’il est peu présent, je vais me faire plaisir avec des habits complexes et colorés) et des actions qu’il va mener. Pas de chapeau encombrant : ça tient trop de place dans une case et en plus ça cache les expressions des visages, pas de pantalons trop larges non plus pour que les mouvements soient lisibles.

Est-ce qu’il y a un certain ‘fil rouge’ à travers les trois cycles de La Complainte ?
 Les sorcières, leur lignée, et les chevaliers du pardon. Les autres familles sont propres à chaque cycle. Le fil rouge, ce sont les décors, l’ambiance pesante qui fait que l’on peut croire aux légendes.
PanoramaCairn©KarineRoget

Quelle est votre propre ‘touche’ dans votre cycle de La Complainte ?J’essaie de garder l’état d’esprit influé par Philippe Delaby, le trait fin et l’aquarelle, le dessin fouillé, la beauté dans la laideur et la laideur dans la beauté. Après, ma touche, c’est mon style, ma vision des choses, peut-être un parti-pris du coté de la gente féminine possédée ?

Pourriez-vous déjà révéler quelque chose sur les tomes à paraître ?
Hélas non, car je n’en sais pas plus moi-même ! Jean reste très secret et surtout à l’affut de ce que le dessinateur fait de ses histoires afin de pouvoir s’adapter. Le premier tome raconte les raisons du départ de Zaragan pour Eruin Duléa... Dés que j’ai de nouvelles informations, je les mets en ligne sur le site dédié, alors pour les révélations rendez-vous ici : http://complaintedeslandesperdues.blogspot.fr

Merci et on continuera à suivra toutes les nouvelles sur votre blog !